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Pourquoi se retrouver à plusieurs pour affronter le chômage ?

28 janvier 2021

A quoi sert un collectif de chômeurs quand on voit l’inquiétude monter inexorablement sur la perspective de retrouver un boulot, la peur de craquer face à l’angoisse des fins de mois, l’affront de se vivre à l’arrêt malgré soi dans toutes ses démarches ? Un collectif sert à traverser le torrent secoué de remous épaule contre épaule, en se soutenant les uns et les autres, en ne laissant personne s’échapper dans le courant, en restant debout, malgré tout. Zoom sur le récit de quelques mois vécus en équipe au sein du collectif Boussole.

Vécus de confinement

« Je suis chez moi. Il ne se passe rien. Je crois que je m’installe dans la solitude ». « Je suis ma formation en visio. Mais c’est dur d’être seul aussi ». « J’ai beaucoup de visio avec l’association dans laquelle je suis bénévole. C’est long. Je suis assise devant l’écran toute la journée. C’est beaucoup de responsabilité et j’ai beaucoup de stress par rapport à cela . Je me sens seule. En parallèle, j’ai du boulot pour mon projet personnel, et je n’arrive pas à trouver le temps. ».

Ces paroles ont été collectées lors du second confinement, à l’occasion d’une visio du mois de novembre, pour se donner des nouvelles, malgré les galères du zoom sur le téléphone, des forfaits limités qui coupent la conversation en cours de route. Ces quelques moments ont été précieux pour rompre la spirale de l’isolement et de l’angoisse. Se parler, s’entendre, à défaut de se voir. Relativiser également en échangeant avec d’autres.

Le réseau pour rompre l’isolement

Dès nos retrouvailles de décembre, le groupe a planché sur les cailloux du  manque de réseau. Pour Pauline*, « la période du coronavirus nous isole et renforce l’importance de rencontres, de lieux pour se croiser». Pour Valérie, « je suis isolée dans la situation sanitaire actuelle et je manque de réseau pour faire avancer mon projet de création d’une activité ». Enfin, pour Sophie, « Depuis la crise sanitaire, rencontrer des gens, des associations, prendre des contacts n’est plus possible que par téléphone. Toutes les manifestations sont suspendues. Cela m’est très difficile de faire ces démarches par téléphone, sans voir les gens. »

Alors nous avons enquêté, mise en commun nos contacts, et provoqué des rencontres pour le groupe car en individuel, tout est plus compliqué. Deux rendez-vous collectifs ont lieu avec des professionnelles du réseau, une responsable d’un espace de co-working et une chargée d’accompagnement de projets d’entreprenariat. Parce que nous sommes 12, nous sommes reçus d’égal à égal, et pouvons questionner leur vision des choses, leurs manières à elles, en tant que professionnels et institutions, de traverser la crise. Nous nous autorisons à « poser nos cailloux », partager les difficultés que nous traversons. Pour Pierre, « J’ai aimé y être avec un groupe, poser ma casquette de demandeur d’emploi pour poser librement nos questions ». Sophie renchérit : « J’ai aimé l’expérience du citoyen qui se retrouve avec d’autres citoyens, la légitimité de pouvoir poser des questions. ». Inattendu à l’issue de la rencontre, un partenariat sera proposé au collectif offrant un accès privilégié à l’espace de co-working, hors des tarifs de location habituels, que beaucoup ne peuvent pas se permettre. Laure exulte « Quel fierté ce partenariat, je ne pensais pas qu’on en arriverait là ! »

Se soutenir ensemble pour garder le cap et rester debout

15 janvier, fin du parcours Boussole qui aura duré 4 mois. C’est l’heure des bilans. Ce que ça a apporté, ce qu’il a manqué, ce qui a avancé pour chacun. Yasmine entame le bal : « Ca m’a permis de créer du lien. Je vois désormais 3 personnes du groupe chaque semaine. On s’appelle, on s’envoie des messages. Ce sont les seuls rapports que j’ai avec des gens qui ne soient pas des professionnels de santé ou des travailleurs sociaux. » Sophie poursuit « Suite au premier confinement, cela m’a sorti de ma coquille car ça a été une étape difficile pour moi. Puis le groupe a été comme une bulle de partage et de soutien sur toutes les étapes de mon projet ». Sur le réseau, certains comme Fred ont progressé : «J’ai trouvé du réseau, des contacts, je sais vers qui me tourner ». Pour d’autres, c’est la confiance qui sort renforcée : « Participer au groupe m’a aidé à reprendre confiance en moi. Par exemple, j’ai réussi à participer à la rencontre au co-working malgré l’appréhension liée à mon handicap, et j’ai tenu le coup. »

Sophie, Fred, Yasmine, Laure, Pierre et les autres poursuivront dans les mois à venir le chemin qui les mènera à leur étoile. Ce qui brille dans leur ciel à eux, l’étoile qui les guide, c’est d’être gardien de refuge, trouver un travail qui allie l’environnement et le social, se soigner, retrouver de l’équilibre dans leur vie, créer une association, monter une boîte de web-design, sécuriser leurs fins de mois, et parfois simplement recréer des liens. L’expérience du groupe et de la solidarité en acte transforme, réconcilie, appuie la confiance en soi et dans les autres. Portés par les relations tissées et les énergies d’entraide développées, les participants du groupe Boussole de Chambéry poursuivent leurs rendez-vous hebdomadaires en tant que collectif autonome en février.

*Tous les prénoms ont été modifiés, mais pas les paroles !

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